Rapport sur le travail dans le monde 2012 : le piège de l’austérité


Créé en 1960 par l’Organisation Internationale du Travail en tant que centre d’études avancées dans le domaine social et dans celui du travail, l’Institut international d’études sociales (International Institute for Labour Studies – IILS) produit le « Rapport sur le travail dans le monde ».

L’édition 2012 de ce Rapport a été publiée le lundi 30 avril 2012. Elle s’intitule « De meilleurs emplois pour une économie meilleure ».

La situation de l’emploi dans le monde est jugée à la lumière des politiques d’austérité comme l’indique le titre de la préface rédigée par Raymond Torres, directeur de l’IILS : « Comment sortir du piège de l’austérité ».
Car les chiffres sont inquiétants, comme le précise le résumé du rapport :

Au cours de l’année écoulée, les marchés du travail ont subi les effets du ralentissement de la croissance mondiale. Cela pose d’autant plus problème que le marché du travail n’avait pas encore entièrement récupéré après la crise mondiale survenue en 2008 : environ 50 millions d’emplois font toujours défaut par rapport à la situation qui prévalait avant la crise (chapitre 1). Il est peu probable que l’économie mondiale croisse à un rythme suffisant ces deux prochaines années pour, simultanément, combler le déficit d’emplois actuel et fournir du travail à plus de 80 millions de personnes qui devraient arriver sur le marché du travail au cours de la même période.

La situation est particulièrement préoccupante en Europe, où quelque 202 millions de personnes seront au chômage en 2012 (6 millions de plus que l’an passé) selon l’OIT. Mais la reprise de l’emploi est également au point mort dans d’autres pays avancés comme les Etats-Unis ou le Japon. Après 4 années de crise, les déséquilibres du marché du travail sont devenus plus structurels avec des effets néfastes importants (exclusion des chômeurs de longue durée, précarité des emplois, troubles sociaux notamment).

Pour l’OIT cette dégradation est l’illustration des politiques d’austérité et d’assouplissement de la réglementation du travail, surtout en Europe. Les mesures prises, visant à rassurer les marchés financiers et à préparer une reprise de la croissance, n’ont pas eu les effets escomptés (cf. exemples de la Grèce et de l’Espagne). Au sujet de l’austérité, le résumé du rapport indique que :

La raison fondamentale de cet échec est que ces politiques – appliquées dans un contexte de débouchés limités pour les entreprises, avec la circonstance aggravante d’un système bancaire aux prises avec un processus de «désendettement» – sont incapables de stimuler l’investissement privé. Le piège de l’austérité est en train de se refermer. Dans les faits, l’austérité s’est traduite par une faible croissance économique, une volatilité accrue et une détérioration des bilans des banques qui débouche sur une contraction supplémentaire du crédit, une baisse de l’investissement et, par conséquent, de nouvelles pertes d’emplois. Paradoxalement, cela a aussi altéré les budgets des gouvernements, exigeant encore plus d’austérité. De plus, il n’y a guère eu de progrès en matière de déficits budgétaires dans les pays qui mènent avec détermination des politiques de rigueur.

Le rapport propose ensuite une approche alternative qui permettrait d’échapper à ce piège de l’austérité. Cette approche repose sur trois recommandations déjà proposées dans le rapport de 2011 :

Premièrement, les institutions du marché du travail devraient être renforcées afin que les salaires augmentent au même rythme que la productivité, en commençant dans les pays excédentaires. […]
Deuxièmement, il est primordial de restaurer les conditions du crédit et de créer un environnement économique plus favorable aux petites entreprises. […]
Troisièmement, il est possible de promouvoir l’emploi tout en respectant des objectifs budgétaires.

Sur ce dernier point, le Rapport indique que des scénarios alternatifs neutres d’un point de vue budgétaire pourraient être plus profitables à l’emploi. Par exemple, dans les pays avancés une augmentation des dépenses d’investissement public et d’avantages sociaux – d’1 point de pourcentage chaque année – financée par une augmentation des recettes provenant de la fiscalité indirecte (scénario 1), permettrait de créer 2,1 millions d’emplois entre le 2e trimestre de 2012 et le 2e trimestre de 2013. Un deuxième scénario, dans lequel les dépenses seraient financées en partie par une diminution des intérêts sur la dette publique et en partie par une augmentation du ratio impôts directs /recettes totales, permettrait de créer 1,8 millions d’emplois dans la même période. Ces estimations sont à comparer avec la poursuite de la mise en œuvre des politiques d’austérité de 2011 (scénario 3), qui aboutiraient à la création de seulement 800 000 emplois, comme le montre le graphique ci-dessous issu du Rapport :
De manière fondamentale, le Rapport préconise un retour vers une stratégie de retour à la croissance et d’emploi, avec des modalités différentes selon les groupes de pays (efforts sur les investissements publics et la protection sociale dans les pays émergents ou en développement, soutien aux personnes sans emploi dans les économies avancées).

Encore faut-il le vouloir… Le Rapport invite ainsi les pays à considérer que les mesures favorables à l’emploi sont bénéfiques pour l’économie et que la finance ne doit pas « donner le ton » pour l’élaboration des politiques. Une invitation qui est accompagnée de suggestions pour sa mise en application : mise en place d’observatoires indépendants chargés d’évaluer l’impact des politiques d’emploi, constitution d’un forum consultatif national favorisant le débat entre gouvernements et partenaires sociaux, propositions de réforme de la gouvernance mondiale. Une « mission délicate » peut-on lire en fin de résumé du Rapport.

Liens :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s