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Quelle "proxy" pour vérifier le lien entre éducation et croissance ?
Le 1er mai 2012, Greg Mankiw a publié sur son blog "la corrélation du jour". Il s’agit d’un graphique représentant la corrélation entre le taux de croissance annuel du PIB et les résultats aux tests scolaires internationaux de mathématiques (panel de pays de l’OCDE, 1960-2000). Le voici :

Les données de ce graphique sont issues d’un rapport publié en 2010 par le programme de l’OCDE "PISA" (Programme for International Student Assessment). Pour ceux qui sont intéressés, ce rapport s’intitule "The High Cost of Low Educational Performance – The Long-Run Economic Impact of Improving PISA Outcomes" (téléchargeable ici au format pdf).
NB : PISA est une étude internationale, qui a débuté en 2000 et qui vise à évaluer les systèmes éducatifs à travers le monde en testant les compétences et les connaissances des élèves de 15 ans.
Présentation du rapport en vidéo :
Le but de mon article n’est pas de commenter cette corrélation (à ne pas confondre avec causalité, selon la formule consacrée) ; mais ce graphique m’a justement rappelé un document de recherche assez intéressant sur le lien entre éducation et croissance. Ce travail, réalisé par Michael S. Delgado, Daniel J. Henderson et Christopher F. Parmeter, date de mai 2011 et s’intitule "Does Education Matter for Economic Growth?" (téléchargeable au format pdf).
Bien qu’il n’y ait guère de doute sur l’importance théorique du capital humain pour la croissance économique, les auteurs constatent l’absence d’un consensus sur la façon de mesurer et d’intégrer le capital humain dans les régressions de croissance. Il est vrai que la recherche empirique utilise généralement l’éducation comme variable proxy du capital humain, mais le signe et la significativité de cette variable dépendent beaucoup de l’échantillon choisi ainsi que de la spécification du modèle (un tableau en annexe présente les différences entre 14 études empiriques). Plusieurs études empiriques depuis le début des années 90 ont notamment contesté le rôle positif de l’éducation dans la croissance, si bien que l’évidence de cette relation est devenue moins claire (cf. le bon rappel historique proposé par Jean Luc de Meulemeester et Claude Diebolt : "Education et croissance : quel lien, pour quelle politique ?", 2007, téléchargeable au format pdf).
Le but de l’article de Delgado, Henderson et Parmenter est alors de concilier les preuves empiriques et de valider (ou d’infirmer), d’un point de vue économétrique, l’inclusion de l’éducation dans les régressions de croissance internationale. En particulier, les auteurs cherchent à déterminer si oui ou non le capital humain peut être représenté par la durée moyenne de scolarisation. En utilisant des méthodes s’affranchissant d’une mauvaise spécification du modèle (note pour les spécialistes : techniques non-paramétriques qui ont la capacité d’identification et de suppression des variables non-pertinentes, sur la base du travail de Hall, Li and Racine, 2007), ils examinent alors six des bases de données d’éducation les plus complètes (Nehru et al. 1995, Barro et Lee 2001, De la Fuente et Doménech 2002, Cohen and Soto 2007, Lutz et al. 2007, Barro et Lee 2010) dans une tentative d’établir un lien empirique robuste entre la durée moyenne de scolarisation et la croissance économique. Les résultats de leur étude montrent que l’inclusion de cette variable dans les régressions de croissance n’est pas justifiée.
On peut en effet penser (ces auteurs ne sont pas les premiers à arriver à une telle conclusion) qu’utiliser le nombre d’années d’études comme mesure de l’éducation est un peu trop réducteur (les différences de qualité de l’éducation entre les pays ne sont notamment pas prises en compte). D’autres variables ne ne pourraient-elles pas être utilisées ? On en revient donc au point de départ de mon billet et à l’utilisation de résultats d’enquêtes sur les connaissances en mathématiques ou en sciences : Eric A. Hanushek (un des auteurs du rapport de l’OCDE évoqué en début d’article) et Dennis D. Kimko avaient ainsi montré dès 2000 que les pays dans lesquels les personnes ont le mieux répondu à ces tests de mathématiques et de science ont connu la croissance la plus forte sur la période 1960-2000 (cf. Hanushek, Eric A., Kimko, Dennis D. Schooling. Labor Force Quality, and the Growth of Nations. American Economic Review, décembre 2000, 90(5), p. 1184-1208. téléchargeable au format pdf). D’autres travaux plus récents peuvent être consultés sur la page personnelle du prof. Eric A. Hanushek à Stanford. Cet exemple montre qu’il existe donc d’autres variables "proxy" (encore faut-il disposer des données…) reflétant le niveau de compétences des populations qui peuvent être utilisées dans les régressions de croissance.
L’austérité plus que toujours en question
La question de l’efficacité des politiques d’austérité est plus que toujours toujours au cœur des débats entre "Austerians" et partisans de la relance budgétaire. Voici quelques références à des articles et travaux récents (la plupart cités sur le site Voxeu.org) qui sont loin d’épuiser ce sujet tellement vaste mais qui donnent quelques points de départ à la réflexion. A la fin du billet, j’effectue un petit retour sur le Pacte budgétaire européen de mars 2012.
Jusqu’au aller dans l’austérité ?
Giancarlo Corsetti lance le débat sur Voxeu.org le 2 avril 2012. Alors que la rigueur budgétaire est le mot d’ordre dans toute l’Europe, les mesures adoptées ont coïncidé avec un nouveau ralentissement économique. L’opportunité de l’austérité fiscale peut alors être discutée et vous trouverez sur Voxeu.org une introduction au débat et les commentaires.
Giancarlo Corsetti et Gernot Müller contribuent au débat ("Has austerity gone too far ?", 20 février 2012), en faisant valoir que, là où le risque souverain est élevé, le resserrement budgétaire demeure un important facteur d’abaisser les déficits avec un coût limité pour l’activité économique. Les auteurs défendent ici l’idée que l’austérité n’est pas nécessairement une stratégie vouée à l’échec. Les auteurs s’appuient notamment sur leur travail récent paru dans les Working Papers du FMI ("Sovereign risk, fiscal policy and macroeconomic stability", Corsetti, Giancarlo, Keith Kuester, André Meier and Gernot Müller) concluant que dans certaines conditions, les compressions budgétaires peuvent contribuer à limiter le risque d’instabilité macroéconomique et, dans les cas extrêmes, même stimuler l’activité économique :
Corsetti, Giancarlo, Keith Kuester, André Meier and Gernot Müller (2012), "Sovereign risk, fiscal policy and macroeconomic stability", IMF Working paper 12/33. Article téléchargeable au format pdf
Résumé : This paper analyzes the impact of strained government finances on macroeconomic stability and the transmission of fiscal policy. Using a variant of the model by Curdia and Woodford (2009), we study a “sovereign risk channel” through which sovereign default risk raises funding costs in the private sector. If monetary policy is constrained, the sovereign risk channel exacerbates indeterminacy problems: private-sector beliefs of a weakening economy may become self-fulfilling. In addition, sovereign risk amplifies the effects of negative cyclical shocks. Under those conditions, fiscal retrenchment can help curtail the risk of macroeconomic instability and, in extreme cases, even stimulate economic activity.
Austérité : la manière importe autant que la taille.
Alberto Alesina s’est illustré dans une étude de 2010 ("Fiscal adjustments: lessons from recent history", avril 2010) visant à savoir si la réduction de la dette induit toujours des effets négatifs. Après avoir étudié la réduction de la dette au sein des pays de l’OCDE depuis 1980, il écrivait alors : "The answer to this question is a loud no". Parfois, même souvent, les économies prospèrent après que le déficit public ai été réduit. C’est ce qu’Alesina a nommé une "contraction budgétaire expansionniste".
En réponse au débat proposé par Giancarlo Corsetti sur VoxEu.org ("Has austerity gone too far ?"), Alberto Alesina et Francesco Giavazzi expliquent que le débat européen sur l’austérité budgétaire s’est égaré en se concentrant exclusivement sur la taille de la réduction du déficit (The austerity question: "How" is as important as "how much", 3 avril 2012). Ils conseillent alors aux décideurs politiques de vraiment se concentrer sur la composition du resserrement budgétaire (augmentation des taxes vs réduction des dépenses) et sur les politiques d’accompagnement. Sur ce point de vue, A. Alesina et F. Giavazzi se basent sur les conclusions accumulées dans des études sur plus de 40 ans dans la zone OCDE pour dire : (i) que les ajustements obtenus par des réductions de dépenses engendre moins de récession que ceux obtenus par des augmentations d’impôt ; (ii) que des dépenses basées sur des consolidations, renforcées par une bonne politique d’accompagnement engendrent moins de récession ou peuvent même avoir un impact positif sur la croissance. Les auteurs citent également deux travaux du FMI sur ce sujet : le chapitre 3 ("Will It Hurt? Macroeconomic Effects of Fiscal Consolidation") du World Economic Outlook (octobre 2010) et :
Devries, P, J Guajardo, D Leigh, and A Pescatori (2011), "A New Action-Based Dataset of Fiscal Consolidation", IMF Working Paper No. 11/128. Article téléchargeable au format pdf.
Résumé : This paper presents a new dataset of fiscal consolidation for 17 OECD economies during 1978-2009. We focus on discretionary changes in taxes and government spending primarily motivated by a desire to reduce the budget deficit and not by a response to prospective economic conditions. To identify the motivation and budgetary impact of the fiscal policy changes, we examine contemporaneous policy documents, including Budgets, Budget Speeches, central bank reports, Convergence and Stability Programs submitted by the authorities to the European Commission, and IMF and OECD reports. The resulting series can be used to estimate the macroeconomic effects of fiscal consolidation.
Une austérité menée trop rapidement ?
Carlo Cottarelli ("Fiscal adjustment: Too much of a good thing?", Voxeu.org, 8 février 2012) pose la question de la rapidité de l’ajustement dans les circonstances actuelles. Il rappelle que le FMI a plaidé pour que les ratios de la dette publique soit ramenés à des niveaux plus sûrs grâce à un processus graduel et régulier ("Ten Commandments for Fiscal Adjustment in Advanced Economies", O. Blanchard et C. Cottarelli, le 20 juin 2010 sur le blog du FMI). Dans le contexte actuel, il redoute que certains programmes d’austérité soient menés trop vite.
L’austérité contestée
Certains économistes ont depuis longtemps exprimé leur désapprobation des politiques d’austérité : Paul Krugman, Brad Delong, Mark Thoma ou Simon Wren-Lewis en sont quelques exemples les plus médiatiques avec leur blog. Pour eux, l’austérité est potentiellement autodestructrice en raison de la contraction de l’économie qui à son tour, pourrait aggraver la situation budgétaire (baisse des recettes fiscales) et faire peser des doutes sur la solvabilité des gouvernements, à l’inverse du but recherché initialement.
Gianluca Cafiso et Roberto Cellini, dans un article du 15 février 2012, tentent ainsi de mieux comprendre la relation entre les politiques de réduction du déficit et l’évolution du ratio dette / PIB. Le problème est donc que l’effet restrictif de la consolidation budgétaire sur le PIB pourrait bien compenser la réduction du déficit et de provoquer une augmentation indésirable du rapport de la dette au PIB ("Fiscal consolidations for debt-to-GDP ratio containment? Maybe … but with much care").
C’est un résultat qui ne peut pas être exclu a priori : à ce sujet, les auteurs citent Gros, D., "Can Austerity be self-defeating?" (VoxEU.org, 29 novembre 2011), P. Krugman, "Self-defeating Austerity" (NY Times, 7 juillet 2010) ou Sutherland et al., "Fiscal Consolidation: Part 1. How Much is Needed and How to Reduce Debt to a Prudent Level?" (OECD Economics Department Working Papers n° 932, 10 janvier 2012).
En considérant les événements passés dans un groupe sélectionné de pays de l’UE et en utilisant les nouvelles données mises à disposition par Devries et al. (cités ci-dessus), G. Cafiso et R. Cellini ont donc vérifié quels étaient les changements consécutifs du ratio dette / PIB à court et à moyen terme. Leurs résultats montrent un résultat favorable à court terme pour la majorité des pays considérés, tandis que le moyen terme est défavorable pour tous.
Plus récemment, DeLong et Summers ont présenté un travail sur la politique budgétaire dans une économie en dépression (mars 2012). L’argument principal avancé est que l’austérité, quand un pays est dans une situation de trappe à liquidité, pourrait bien aggraver la situation financière de l’Etat sur le long terme, et non pas l’améliorer. Elle impose de plus d’importants coûts à court terme (sociaux notamment) qui jouent en sa défaveur dans le cadre d’une analyse coûts-avantages.
DeLong J. Bradford and Summers, Lawrence H., "Fiscal Policy in a Depressed Economy", (20 mars 2012). Présentation et article disponibles sur le blog de Brad DeLong. Article téléchargeable au format pdf.
Résumé : This paper examines logic and evidence bearing on the efficacy of fiscal policy in severely depressed economies. In normal times central banks offset the effects of fiscal policy. This keeps the policy-relevant multiplier near zero. It leaves no space for expansionary fiscal policy as a stabilization policy tool. But when interest rates are constrained by the zero nominal lower bound, discretionary fiscal policy can be highly efficacious as a stabilization policy tool. Indeed, under what we defend as plausible assumptions of temporary expansionary fiscal policies may well reduce long-run debt-financing burdens. These conclusions derive from even modest assumptions about impact multiplier, hysteresis effects, the negative impact of expansionary fiscal policy on real interest rates, and from recognition of the impact of interest rates below growth rates on the evolution of debt-GDP ratios. While our analysis underscores the importance of governments pursuing sustainable long run fiscal policies, it suggests the need for considerable caution regarding the pace of fiscal consolidation in depressed economies where interest rates are constrained by a zero lower bound.
Un article commenté par Paul Krugman qui plaide en faveur de la relance aussi longtemps qu’une économie est dans une situation de trappe à liquidité. Une occasion de critiquer, dans "Blunder of Blunders" (22 mars 2012), les élites qui ont prôné l’austérité fin 2009 – début 2010, avec comme conséquences d’énormes coûts économiques et humains et peu ou pas de bénéfices.
Retour sur le Pacte budgétaire européen de mars 2012
Lors du Conseil européen des 1er et 2 mars 2012, 25 chefs d’État et de gouvernements ont signé un Pacte budgétaire, ou Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de l’Union économique et monétaire, qui devrait entrer en vigueur au début de l’année 2013 (si 12 membres de la zone euro le ratifient en 2012). En fait, seuls 25 des 27 Etats de l’Union européenne ont signé ce Pacte budgétaire : le Royaume-Uni ne souhaitait pas être soumis à un tel contrôle supranational, tandis que le gouvernement tchèque craignait le référendum nécessaire à l’inscription dans sa constitution de la "règle d’or" budgétaire.
Voici quelques informations et commentaires.
Voici tout d’abord le texte du Conseil européen (pdf) : Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de l’Union économique et monétaire, accompagné du communiqué de presse et du discours de M. Herman Van Rompuy, président du Conseil européen.
Pour aller à l’essentiel des principes de la "règle d’or" budgétaire et de son application, lire Les points-clés du Pacte budgétaire, un article en ligne du journal Le Monde (le 02/03/2012, mis à jour le 13/02/2012). La chronologie et les 16 articles du pacte sont également très bien expliqués dans un article du blog ContreLaCour (02/03/2012).
Une première analyse critique du traité peut être lue dans "L’austérité à marche forcée… 10 choses que vous devez savoir sur le Pacte budgétaire" (Les Dessous de Bruxelles, 08/03/2012), avec une traduction d’un article du Corporate Europe Observatory, "Automatic austerity" (01/03/2012). Dix éléments du Pacte budgétaire sont analysés et critiqués :
- Un "traité pour l’austérité"
- Un pilotage automatique
- L’austérité à perpétuité
- En cas de doute, la Cour européenne de justice aura le dernier mot
- Peu ou pas de flexibilité
- La méthode de calcul est biaisée, et stigmatise les dépenses sociales
- Il s’agit d’un outil politique – les calculs sont peu fiables, voire dangereux
- La zone euro est aux manettes
- Soumission et mise à l’amende des pays en déficit
- Le traité va entrer dans la législation européenne
Jérémie Cohen-Setton, Shahin Vallée ont effectué une revue de blogs sur le site de Bruegel ("Blogs review: The fiscal compact", 16 mars 2012). On peut y trouver un certain nombre de réactions au sujet des changements apportés par le nouveau Traité, de son opposition aux idées keynésiennes, des conséquences possibles des nouvelles règles et de l’incertitude qui pèse sur sa ratification.
On pourra également consulter les articles récents du blog de l’OFCE qui traitent du Traité :
- "Fallait-il renforcer le Pacte de stabilité et de croissance ?", (27 février 2012), avec une étude des trajectoires de convergence aux différentes règles de quatre pays, représentatifs de la zone euro de Jérôme Creel, Paul Hubert et Francesco Saraceno : "An Assessment of Stability and Growth Pact Reform Proposal in a Small Scale Marco Framework", Document de Travail de l’OFCE 2012-04.
- "Qui sème la restriction récolte la récession" (29 mars 2012), par le Département Analyse et Prévisions, sous la direction de X. Timbeau, article qui résume la note de l’OFCE n°16 donnant les perspectives de l’économie mondiale 2012-2013.
- "Les mesures d’austérité dans la zone euro ralentissent l’économie européenne" (4 avril 2012), au sujet d’un rapport conjoint de L’Institut de macroéconomie et de conjoncture (IMK) à la fondation Hans-Böckler, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et l’Institut autrichien de recherche économique (WIFO) soulignant que la crise dans la zone euro et les politiques d’austérité provoquent un ralentissement économique dans de nombreux pays européens et posent un fort défi à l’économie allemande cette année et l’année prochaine.
Toujours au sein de la blogosphère francophone, Jean Gadrey propose dans "Le contraire de l’austérité, c’est la prospérité, pas la croissance" (26 mars 2012) de réfléchir à une solution non forcément quantitative qui opposerait un "pacte d’austérité généralisée" à un "pacte de croissance" en Europe. Gilles Raveaud prédit pour sa part "toujours moins de services publics et d’aides sociales, et toujours plus d’instabilité économique, sociale, et politique" (lire :"Le Traité sur la stabilité : vers le chaos social et le KO de l’Europe", 14 mars 2012). Olivier Berruyer parle du "Traité européen de la semaine" (6 mars 2012) en disant qu’il est "suicidaire de le mettre en place maintenant".
Le mot de la fin pour Paul Krugman qui, à propos des nouvelles mesures d’austérité en Europe, écrit dans "Europe’s Economic Suicide" (15 avril 2012) :
This is, not to mince words, just insane. Europe has had several years of experience with harsh austerity programs, and the results are exactly what students of history told you would happen: such programs push depressed economies even deeper into depression. And because investors look at the state of a nation’s economy when assessing its ability to repay debt, austerity programs haven’t even worked as a way to reduce borrowing costs. [...]
What we’re actually seeing, however, is complete inflexibility. In March, European leaders signed a fiscal pact that in effect locks in fiscal austerity as the response to any and all problems. Meanwhile, key officials at the central bank are making a point of emphasizing the bank’s willingness to raise rates at the slightest hint of higher inflation.
So it’s hard to avoid a sense of despair. Rather than admit that they’ve been wrong, European leaders seem determined to drive their economy — and their society — off a cliff. And the whole world will pay the price.
Note de fin : vous le constatez, les "pro-austérité" ne sont pas beaucoup cités au sujet du Traité européen. Dans un soucis de présenter divers points de vue, je suis preneur de références contradictoires.
Fiscalité et redistribution en France : 1997-2012
« Fiscalité et Redistribution en France : 1997-2012 » est le premier rapport rendu public par l’Institut des politiques publiques (IPP) le 2 avril 2012. Il a été réalisée par Antoine Bozio, Roy Dauvergne, Brice Fabre, Jonathan Goupille et Olivier Meslin (mars 2012).
L’Institut des politiques publiques (IPP) a été créé dans le cadre d’un partenariat scientifique conclu par PSE-École d’Économie de Paris et le Centre de Recherche en Économie et Statistique (CREST). Il s’inscrit dans le cadre du Labex (laboratoire d’excellence) "OSE - Ouvrir la Science économique", lancé grâce au soutien du grand emprunt, initié fin 2009 par le chef de l’Etat. Comme vous pourrez le lire, les conclusions de cette étude ne sont pas à ranger à l’actif du dernier quinquennat (d’où la réaction du chef de l’Etat relatée par Les Echos : "Quand Nicolas Sarkozy brocarde un institut économique… financé par le grand emprunt"). Mais peut importe, l’IPP revendique son indépendance scientifique et son étude qui concerne trois quinquennats présente un certain nombre de résultats intéressants. Voici le résumé de ce travail :
- Cette étude analyse quinze ans de législation fiscale en France à l’aide du modèle de micro-simulation développé par l’Institut des politiques publiques (IPP) : TAXIPP. L’ensemble des prélèvements obligatoires et les transferts sociaux est simulé et permet de dresser un bilan de la redistribution fiscale des trois derniers quinquennats.
- Le système fiscal français est dominé par d’importantes cotisations sociales, des taxes indirectes élevées et des prélèvements sociaux proportionnels au revenu – notamment la Contribution sociale généralisée (CSG). Ces trois composantes expliquent que la fiscalité française soit à la fois élevée et peu progressive pour l’ensemble des actifs.
- Dans la partie haute de la distribution des revenus, les taux de prélèvements obligatoires deviennent régressifs. Cette caractéristique de la fiscalité française n’est pas nouvelle et provient avant tout d’assiettes imposables percées : ce phénomène explique que la plus grande partie des hauts revenus échappe aux prélèvements obligatoires.
- Augmenter les taux d’imposition sur des assiettes aussi réduites n’aurait que peu d’effets, tant du point de vue des recettes fiscales que de la redistribution.
- Si cette situation n’est pas nouvelle, les réformes fiscales mises en place depuis 10 ans ont eu pour effet d’accroître la régressivité du système : entre 2002 et 2012, alors que le taux de prélèvements obligatoires, en pourcentage du revenu national, baissait de 0,6 point pour l’ensemble de la population, les 1 % des plus hauts revenus ont vu leur taux d’imposition baisser de 3,6 points.
- Le bilan redistributif du dernier quinquennat est en apparence limité, malgré une profusion de réformes. Celles-ci se sont en partie annulées les unes les autres. En réalité, le quinquennat 2007-2012 est marqué par deux évolutions contrastées : d’une part, la réforme de l’ISF a conduit à une baisse de l’imposition des hauts patrimoines qui domine largement la suppression du bouclier fiscal qu’elle était censée remplacer ; d’autre part, l’augmentation de l’imposition des hauts revenus a été réelle, en particulier à la fin de la période. Les gagnants du quinquennat sont donc avant tout les contribuables ayant de hauts patrimoines mais de faibles revenus et les perdants sont les contribuables ayant de faibles patrimoines mais de hauts revenus.
- Le bilan du quinquennat 2002-2007 est plus transparent : les baisses de prélèvements ont bénéficié avant tout aux plus hauts revenus, à travers la diminution de l’impôt sur le revenu et la mise en place du bouclier fiscal. L’essentiel de l’accroissement de la régressivité du système fiscal français au cours de ces quinze dernières années a eu lieu pendant cette période.
- Le bilan du quinquennat 1997-2002 est dominé par la réduction des cotisations sociales, qui a été mise en place dans le cadre du financement de la réduction du temps de travail, ainsi que par la réduction de la taxation indirecte à travers la baisse de la TVA. L’ensemble a conduit à une diminution des prélèvements obligatoires pour les salariés des plus modestes, qui a permis de financer la réduction de leur temps de travail sans réduire leur revenu disponible.
- Si la fiscalité indirecte a été peu modifiée pendant cette période, plusieurs éléments de fiscalité dérogatoire ont été introduits. Un bon exemple est la baisse de la TVA dans la restauration, dont nous analysons l’effet redistributif via la baisse des prix. Nous estimons entre 30 % et 45 % la part de la baisse qui a été effectivement répercutée sur les prix. Cette baisse a bénéficié essentiellement aux ménages aisés dont la part de la restauration dans la consommation totale est plus importante. Il reste néanmoins que la majorité de cette baisse ciblée de TVA a été capturée par le secteur de la restauration.
Liens :
The Financial System: Opportunities and Dangers
Il s’agit du titre du 20e chapitre de la nouvelle édition (la 8e) du manuel de Greg Mankiw "Macroeconomics", qui paraîtra en juin 2012. Sur son blog, le professeur Mankiw explique les changements intervenus dans cette nouvelle édition et propose de consulter librement ce 20e chapitre en attendant sa parution définitive :
The biggest change in the book, however, is the addition of Chapter 20, “The Financial System: Opportunities and Dangers.” Over the past several years, in the aftermath of the financial crisis and economic downturn of 2008 and 2009, economists have developed a renewed appreciation of the crucial linkages between the financial system and the broader economy. Chapter 20 gives students a deeper look at this topic. It begins by discussing the functions of the financial system. It then discusses the causes and effects of financial crises, as well as the government policies that aim to deal with crises and to prevent future ones.
Voici donc le lien direct pour consulter ce chapitre : "The Financial System: Opportunities and Dangers" (format pdf)
Littérature sur la relation entre les taux de change et le commerce international (sept. 2011)
Voici un document trouvé sur le site de l’Organisation mondiale du commerce intitulé : LA RELATION ENTRE LES TAUX DE CHANGE ET LE COMMERCE INTERNATIONAL. EXAMEN DE LA LITTÉRATURE ÉCONOMIQUE.
Le 27 septembre 2011, le Secrétariat de l’OMC a présenté au Groupe de travail du commerce, de la dette et des finances un tour d’horizon de la littérature économique traitant de la relation entre les taux de change et le commerce international. Un certain nombre d’observateurs, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) ont contribué à l’établissement de cette revue de la littérature, qui nécessitait une mise à jour pour tenir compte de la crise de 2008.
Les revues d’excellence en économie et en gestion
Dans cet article publié dans la Revue économique et disponible sur Cairn, J.-B. Chatelain et K. Ralf pointent les discordances entre la classification de l’AERES (2008) et les facteurs d’impact par les citations selon les domaines.
Jean-Bernard Chatelain et Kirsten Ralf « Les revues d’excellence en économie et en gestion », Revue économique 1/2012 (Vol. 63), p. 157-168.
URL : www.cairn.info/revue-economique-2012-1-page-157.htm.
DOI : 10.3917/reco.631.0157.
Résumé :
En 2008, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (aeres) a attribué sa meilleure note (A+) à 90 revues en économie et gestion parmi 684 revues. Cet article montre que 109 revues parmi les 594 (18 %) revues classées A, B ou C par l’aeres ont des facteurs d’impact par leurs citations en 2008 issus du Social Science Citation Index supérieurs au facteur d’impact de la revue d’excellence classée A+ à plus faible facteur d’impact dans le même domaine. Environ un quart des revues classées A+ de l’aeres pourraient être remplacées par d’autres revues classées A, B ou C si on prend en compte les facteurs d’impact. Ces discordances sont concentrées sur neuf des vingt domaines en économie et gestion définis par la liste de revues de la section 37 du cnrs.
La TVA sociale et ses effets potentiels
Le principe de la TVA sociale est assez simple. Le mode de financement de la protection sociale est modifié en augmentant le taux de TVA, augmentation compensée par une baisse des charges sociales payées par les entreprises. Dans le meilleur des mondes, l’impact de cette mesure serait positif. "La boucle idéale du monde des Bisounours" comme le dit avec humour Captain Economics sur son blog serait donc la suivante :
(1) l’allégement des charges patronales permet de favoriser les entreprises françaises qui baissent leurs coûts de production et donc le prix de vente de leurs produits (2) la hausse de la TVA touche les importations ce qui augmentent les taxes et le prix de vente des produits étrangers, (3) les entreprises françaises améliorent donc leur compétitivité [NDLR : entrainant une hausse des exportations] ce qui diminue les délocalisations, (4) cette réforme n’a aucun coût pour l’Etat, la baisse des cotisations patronales étant financée intégralement par la hausse de la TVA et (5) cela n’a pas d’effet sur le consommateurs, les produits étrangers deviennent plus cher mais les produits domestiques voient leurs prix baissés (= pas ou peu d’inflation selon le ratio produits domestiques/produits étrangers consommés). ("La TVA sociale, s’est quoi en fait ?" Captain Economics)
Mais bien sûr, l’ampleur des effets de la mise en place d’une TVA sociale est beaucoup moins certaine et de nombreuses critiques sont apparues. Ce débat n’est pas nouveau et plusieurs économistes blogueurs rappellent d’ailleurs les éléments de discussion du passé, notamment lors de la campagne présidentielle de 2007 (cf. "Voyagez dans le temps avec la TVA sociale", Econoclastes ou "La TVA sociale anti-délocalisation anti-chomage non inflationniste qui va faire payer les méchants étrangers", Olivier Bouba Olga). Avec l’actualité, de nouvelles voix rejoignent celles des sceptiques. Voici un bref exposé (au conditionnel) des principaux arguments en défaveur de la TVA sociale :
1. L’allégement des charges patronales n’est pas en mesure d’enrailler les délocalisation. Il est bien sûr insuffisant pour combler les écarts de coût du travail avec les pays en développement. La TVA sociale constituerait plus un argument politique vendeur qu’une véritable arme anti-délocalisation (O. Bouba Olga : "C’est politiquement astucieux, car la plupart des citoyens sont persuadés que le problème n°1 de la France, ce sont les délocalisations"). Pour Jean-Marie Harribey ("TVA sociale : Taxe sur la Vache Augmentée"), la preuve est déjà faite que les allègements de cotisations sociales, qui atteignent 30 milliards d’euros par an, ne jouent pas en faveur de l’emploi ;
2. La TVA sociale est une dévaluation déguisée (Jean-Marie Harribey) vis-à-vis des partenaires européens de la France, avec qui se fait les trois-quart de notre commerce extérieur. Compte tenu de la structure du commerce extérieur français, penser que cette réforme va permettre de réduire les importations et d’augmenter les exportations est un raisonnement trop simpliste (cf. "TVA sociale : le jeu n’en vaut pas la chandelle", Philippe Waechter, Les Echonosclastes). De plus, elle expose le pays à des mesures de rétortion et l’avantage de compétitivité supposé disparaîtrait si d’autres pays européens adoptaient la même disposition (une arme anti-Europe selon O. Bouba Olga) ;
3. L’évolution des prix serait très incertaine, en fonction des différences de caractéristiques des secteurs de l’économie mais aussi du comportement des entrepreneurs. En dépit des injonctions du gouvernement, rien n’oblige en effet les entreprises à répercuter la baisse des cotisations patronales dans les prix. D’autres part, les secteurs intensifs en capital et ceux utilisant beaucoup de produits importés (ex. : la distribution) ne pourront bénéficier grandement de l’allégement des charges salariales et donc ne pourront donc qu’élever leur prix de vente (Alexandre Delaigue, "TVA Sociale : une proposition de loi absurde") ;
4. L’instauration d’une TVA sociale se traduirait mécaniquement par une hausse de certains prix. Cela pèserait sur le pouvoir d’achat des personnes à faible revenu qui consacrent l’essentiel de leur budget à la consommation de produits quotidiens qui seront taxés plus fortement.
On le voit, en substituant la TVA aux charges sociales, de nombreux effets économiques parfois opposés (et pas tous listés ci-dessus) apparaissent. Pour poursuivre l’analyse de ce sujet, je vous encourage à lire le travail de Clément Carbonnier : "La TVA sociale peut-elle relancer l’économie" (LIEEP – Sciences Po). Dans son analyse de l’impact global d’une telle réforme, l’auteur expose deux éléments prépondérants : l’élasticité de substitution du capital au travail (à la suite de la diminution relative de la taxation du deuxième facteur) et l’impact des politiques commerciales (c’est à dire de la dévaluation compétitive visant à désavantager la production étrangère vendue sur le marché français et à avantager la production française vendue à l’étranger). Une revue de la littérature sur ces deux points laisse planer de nombreuses incertitudes sur l’impact global de la TVA sociale, mais il apporte un éclairage et assez bien documenté sur les liens entre les différents paramètres à considérer. Les effets attendus sont également variables selon les agents considérés, avec des entreprises et des ménages différemment touchés. L’auteur conclut finalement que :
"Les implications d’une telle mesure sont très certainement favorables à l’emploi d’un point de vue global. Cependant, l’ampleur de cet effet bénéfique reste incertaine, et surtout la structure de cette augmentation globale serait la somme d’augmentations et de diminutions sectorielles de l’emploi. Une telle mesure ne serait donc pas neutre mais aurait un impact redistributif non négligeable".
Avec une hausse de la TVA de 1,6 points qui ne rapportera qu’environ 11 milliards d’euros, il y a donc fort à parier que la mesure annoncée par N. Sarkozy le 29 janvier 2012 risque d’être inefficace et que le choc de compétitivité ne se produise pas, comme l’écrit Hervé Martin ("TVA sociale : trop tard, pas assez fort !").
Retrouvez les liens présentés dans cet article (et d’autres) dans mes signets en ligne sur Pearltrees TVA sociale et sur Scoop.it! TVA sociale.
Révision de macroéconomie
J’évoquais la semaine dernière le test “Quel macroéconomiste êtes-vous ?” (du blog Optimum), qui consistait à deviner les écoles de pensée cachées dans une arborescence de propositions. Les réponses au test, publiées quelques jours après (à lire ici) permettaient de se remettre en mémoire les différences entre keynésiens, nouveaux classiques, monétaristes, nouveaux keynésiens et autres…
Pour compléter cette petite révision, je vous propose de lire "The History of Macroeconomics from Keynes’s General Theory to the Present" par M. De Vroey and P. Malgrange (Discussion Paper de l’Université catholique de Louvain). Dans cet article, les auteurs rappellent les grands épisodes qui ont marqué l’histoire de la macroéconomie depuis la publication de la Théorie générale de Keynes jusqu’aux modèles d’équilibre général stochastique.
Cette très bonne présentation est une contribution au "Handbook of the History of Economic Analysis" (Edward Elgar, 2012), volume édité par Gilbert Faccarello et Heinz Kurz.
Quel avenir pour le système monétaire international ?
Deux rapports récents offrent une analyse actuelle du système monétaire international, en envisageant sa réforme et les scénarios d’évolution possibles.
"Réformer le système monétaire international"
Conseil d’Analyse Economique, rapport n° 99, par Agnès Bénassy-Quéré, Emmanuel Farhi, Pierre-Olivier Gourinchas, Jacques Mistral, Jean Pisani-Ferry et Hélène Rey, 9 septembre 2011
Résumé (site du CAE) :
"Ce rapport du Conseil d’analyse économique offre trois contributions d’économistes reconnus qui analysent le système monétaire international (SMI) et ouvrent des pistes de réforme. Cette réforme constitue l’un des principaux chantiers ouverts par la présidence française du G20. Elle s’impose pour au moins deux raisons. La première tient aux liens étroits qu’entretiennent les déséquilibres monétaires (instabilité des taux de changes, déséquilibres persistants des balances courantes, accumulation excessive de réserves, retournements brutaux des flux de capitaux) et les déséquilibres financiers (bulles spéculatives, emballement ou rationnement du crédit, crises bancaires, crises d’illiquidité…). Cela signifie que la réforme de la régulation financière doit nécessairement s’accompagner d’une réorganisation du système monétaire international afin que soient mis en place des mécanismes garantissant une provision coordonnée et suffisante de liquidité internationale et une meilleure adéquation des taux de change aux fondamentaux. La seconde raison tient à la nécessité d’adapter le SMI à une économie mondiale dont le centre de gravité s’est déplacé avec la montée en puissance des grands pays émergents tels que la Chine. Le SMI hégémonique centré sur le dollar ne convient plus à la multipolarité croissante de l’économie mondiale. La transition qu’il s’agit d’encourager est donc celle vers un SMI plus multipolaire. Cette transition est souhaitable mais n’est pas sans dangers. D’où la nécessité de la réflexion approfondie sur les chemins à prendre proposée dans ce rapport. Les travaux contenus dans ce rapport ont été mobilisés pour la préparation des discussions au sein du G20."
Télécharger le rapport (format pdf)
“Global currencies for tomorrow: a European perspective”
Rapport conjoint CEPII-Bruegel, par Ignazio Angeloni, Agnès Bénassy-Quéré, Benjamin Carton, Christophe Destais, Zsolt Darvas, Jean Pisani-Ferry, André Sapir, Shahin Vallée, CEPII Research Report 2010-11, Bruegel Blueprint 13. Rapport commandé par la Commission Européenne. Juillet 2011.
Résumé (site du CEPII) :
"Le rapport co-écrit par le CEPII et Bruegel met en perspective historique la situation actuelle et propose une analyse prospective du système monétaire international. Les auteurs envisagent trois scénarios pour les quinze prochaines années et leurs implications pour la zone euro. Le premier consisterait en une amélioration du système actuel. Le second serait un système multipolaire, avec plusieurs devises internationales clés. Le troisième verrait l’émergence d’un actif de réserve émis au niveau international. Si, à court terme, les chances de transformation radicale sont faibles, les auteurs estiment que l’émergence de nouvelles devises internationales au côté du dollar est le scénario le plus probable à l’horizon 2025. Le renminbi et l’euro sont les principaux candidats mais il est possible qu’un seul des deux y parvienne ou, qu’à plus long terme, une autre devise émerge.
Dans la mesure où elle s’accompagnerait d’une mobilité des capitaux et d’une flexibilité des changes entre les différentes monnaies clés, cette évolution pourrait apporter des améliorations substantielles en termes d’allocation internationale des capitaux, de stabilité et d’équité. Elle implique cependant que chaque pôle assume les responsabilités internationales qui vont avec son statut. Par ailleurs, les risques d’instabilité seront importants durant la transition, rendant plus que jamais nécessaire une coordination entre les banques centrales.
Si, à l’horizon de cinq ans, le renminbi peut assez facilement atteindre un statut comparable à celui de la livre sterling ou du franc suisse aujourd’hui, de profondes réformes structurelles seront nécessaires en Chine pour que la monnaie joue à jeu égal avec le dollar. Quant à la zone euro, il faudrait non seulement qu’elle résolve ses problèmes de gouvernance, mais qu’elle achève son intégration financière et accepte les responsabilités qui incombent à un pays émetteur de liquidité internationale, en particulier que la BCE soit disposée à jouer un rôle de prêteur en dernier ressort international, comme l’a fait la Fed durant la crise. A terme, le statut international de l’euro impliquerait également une représentation unifiée dans les institutions financières internationales.
Selon les auteurs, les forces de marché jouent en faveur d’une multi-polarisation du SMI, mais quelques réformes clés seront nécessaires pour qu’elle se produise effectivement. A l’inverse, le système actuel pourrait s’avérer de moins en moins adapté à une économie mondiale désormais multipolaire. Un autre scénario possible serait l’émergence d’un système monétaire organisé autour d’une quasi-monnaie internationale avec gestion centralisée de la liquidité internationale. Les auteurs du rapport jugent ce scénario alternatif peu probable, sauf nouvelle crise majeure."
Pour une nouvelle démarche d’évaluation des laboratoires de recherche, des enseignants-chercheurs et des chercheurs en économie
Document collectif sous la coordination de Gabriel Colletis et Thomas Lamarche (août 2011).
Ce document est le résultat du travail de la Commission Evaluation de l’Association Française d’Economie Politique (AFEP). La Commission évaluation de l’AFEP a regroupé une trentaine d’enseignants-chercheurs et de chercheurs qui se sont organisés en trois sous-groupes : l’un consacré à la question de l’évaluation des laboratoires de recherche, l’autre à celle de l’évaluation des enseignants chercheurs, le troisième à la question des publications.
Ces trois sous-groupes ont travaillé en parallèle et de façon concertée pour produire le présent document. La méthode de travail a donc été itérative et a favorisé le débat. Au final, les contributeurs ont convergé sur l’essentiel et ont maintenu certaines différences d’appréciation sur tel ou tel aspect de l’analyse et des préconisations (en particulier sur l’AERES).
Le document se compose de cinq parties :
- La première partie (I) pose la question générale de l’évaluation dans le contexte actuel en examinant les différents aspects des pratiques actuelles, et que l’AFEP entend contester.
- La deuxième partie (II) analyse les conditions d’évaluation des laboratoires de recherche.
- La troisième partie du présent document (III) concerne l’évaluation des enseignants-chercheurs.
- La quatrième partie (IV) rassemble les préconisations de l’AFEP dans la perspective d’une refonte très profonde de la démarche d’évaluation.
- La cinquième et dernière partie du présent document (V) rassemble sous la forme d’annexes des extraits de documents qui ont été utilisés pour la production de ce travail.
Vous pouvez le télécharger à partir du site de l’AFEP à l’adresse : http://www.assoeconomiepolitique.org/spip.php?article328
ou directement en cliquant sur le lien ci-dessous (format pdf).
Pour une nouvelle démarche d’évaluation des laboratoires de recherche, des enseignants-chercheurs et des chercheurs en économie